
Observation : le plan (A1, B2) est le seul qui separe clairement Asperger
(A1 faible, B2 eleve) de autisme classique (A1 eleve, B2 faible).
Dans D2, cette distinction est invisible.
Mathéo Milley-Arjaliès
29 mai 2026
Cet article est la suite du Notebook I — \mathcal{D}^2. Les notations et fonctions de ce notebook sont supposées connues.
Ce notebook est la suite directe du Notebook I. On suppose les notations, fonctions et résultats de ce notebook connus.
Le modèle \mathcal{D}^2 = [0,3]^2 repose sur une simplification forte : chacun des deux axes du DSM-5 est traité comme unidimensionnel. Or la littérature empirique distingue clairement deux sous-composantes par axe :
Axe A subdivisé : - A_1 : déficits de communication verbale et non-verbale (langage, prosodie, gestes, regard) - A_2 : déficits de réciprocité sociale et émotionnelle (partage d’intérêts, théorie de l’esprit)
Axe B subdivisé : - B_1 : stéréotypies et répétitions motrices (maniérismes, balancements, écholalie) - B_2 : intérêts circonscrits et rituels cognitifs (intérêts focalisés, insistance sur la similitude)
Cette subdivision est étayée par des données empiriques :
| Propriété | B_1 | B_2 | Source |
|---|---|---|---|
| Corrélation avec QI | Négative | Positive | Bishop & Lord, 2006 (n=830) |
| Évolution avec l’âge | Diminue | Augmente | Courchesne et al., Mol. Autism 2021 |
| Profil typique | Déficience intellectuelle | Haut niveau | Grove et al., Nat. Genet. 2019 |
L’espace \mathcal{D}^4 = [0,3]^4 permet de modéliser ces distinctions et de retrouver mathématiquement des sous-types cliniques effacés par le DSM-5.
Est-ce que l’autisme est aussi mal compris puisqu’il a été trop simplifié ?
\mathcal{D}^4 = [0,3]^4 \subset \mathbb{R}^4
Chaque individu est un point Q = (A_1, A_2, B_1, B_2) normalisé sur [0,3] (même convention que \mathcal{D}^2).
| Dimension | Domaine clinique | ADOS-2 | ADI-R |
|---|---|---|---|
| A_1 | Communication verbale/non-verbale | SA : langage, prosodie, gestes | Domaine A |
| A_2 | Réciprocité sociale/émotionnelle | SA : regard, affect partagé, ToM | Domaine B |
| B_1 | Stéréotypies motrices | RRB : mouvements répétitifs | Domaine C partiel |
| B_2 | Intérêts circonscrits | RRB : intérêts, insistance similitude | Domaine C partiel |
a = \frac{A_1 + A_2}{2} \qquad b = \frac{B_1 + B_2}{2}
Plus généralement, avec poids \alpha_1 + \alpha_2 = 1, \beta_1 + \beta_2 = 1 :
a = \alpha_1 A_1 + \alpha_2 A_2 \qquad b = \beta_1 B_1 + \beta_2 B_2
| Sous-type | Région dans \mathcal{D}^4 |
|---|---|
| Asperger | A_1 < 0.5, A_2 \geq 0.5, B_2 \geq 0.5 |
| Autisme classique | A_1 \geq 1.5, A_2 \geq 1.5, B_1 \geq 1.5 |
| Profil mixte | A_2 \geq 0.5, B_1 \geq 0.5, B_2 \geq 0.5 |
| TED-NOS | a \geq 0.5 OU b \geq 0.5 mais pas les deux |
\mathcal{D}^4 admet \binom{4}{2} = 6 plans de projection 2D distincts.
| Plan | Axes | Ce qu’il révèle |
|---|---|---|
| (A_1, A_2) | Communication vs. Réciprocité | / |
| (B_1, B_2) | Stéréotypies vs. Intérêts | / |
| (A_1, B_1) | Communication vs. Stéréotypies | Profils bas niveau |
| (A_2, B_2) | Réciprocité vs. Intérêts | Profils haut niveau |
| (A_1, B_2) | Communication vs. Intérêts | Région Asperger : A_1 faible, B_2 élevé |
| (A_2, B_1) | Réciprocité vs. Stéréotypies | Autisme classique |
La projection DSM-5 correspond à la diagonale (A_1+A_2)/2 vs. (B_1+B_2)/2 donc une seule parmi les infinités de projections possibles.

Observation : le plan (A1, B2) est le seul qui separe clairement Asperger
(A1 faible, B2 eleve) de autisme classique (A1 eleve, B2 faible).
Dans D2, cette distinction est invisible.
La projection \pi : \mathcal{D}^4 \to \mathcal{D}^2 est non injective, c’est-à-dire que des points distincts dans \mathcal{D}^4 peuvent avoir la même image dans \mathcal{D}^2.
D’où l’absurdité de la simplification du DSM-V…
Exemple canonique :
Q_1 = (0.2,\ 2.8,\ 0.3,\ 2.1) \quad \text{(profil Asperger)} Q_2 = (1.5,\ 1.5,\ 1.2,\ 1.2) \quad \text{(profil mixte equilibre)}
Les deux ont a = 1.5, b = 1.5 : c’est donc le même point dans \mathcal{D}^2.
En revanche, dans \mathcal{D}^4 : \|Q_1 - Q_2\|_2 \approx 2.06.
On quantifie la perte d’information par l’entropie de Shannon par cellule de \mathcal{D}^2 : combien de sous-types DSM-IV distincts se retrouvent dans la même zone du spectre ?
H_k = -\sum_j p_{kj} \log p_{kj}
où p_{kj} est la proportion du sous-type j dans la cellule k. Entropie nulle = une cellule pure. Entropie maximale = \log(4) \approx 1.386 = mélange uniforme.

Entropie moyenne : 0.344
Entropie max theorique : 1.386
Ratio perte information : 24.8%
Exemple canonique :
Q1 projete -> (1.50, 1.20)
Q2 projete -> (1.50, 1.20)
Distance D4 : 2.236
Distance D2 : 0.000
Dans \mathcal{D}^4, une trajectoire est une courbe paramétrée :
\gamma : t \in [0,T] \mapsto (A_1(t), A_2(t), B_1(t), B_2(t)) \in \mathcal{D}^4
La projection DSM-5 donne \pi(\gamma(t)) = (a(t), b(t)).
Phénomène clé : des trajectoires très différentes dans \mathcal{D}^4 peuvent avoir des projections identiques dans \mathcal{D}^2, masquant des dynamiques opposées.
Exemple : adolescent Asperger, 8 à 18 ans : - A_1 diminue : amélioration de la communication formelle (intervention, âge) - A_2 stable : la réciprocité émotionnelle résiste aux interventions - B_1 diminue : les stéréotypies motrices s’estompent naturellement - B_2 augmente : les intérêts circonscrits se sophistiquent avec le développement cognitif
Dans \mathcal{D}^2, la trajectoire projetée montre une “amélioration” sur les deux axes. Dans \mathcal{D}^4, B_2 augmente pendant que B_1 diminue : c’est un changement de profil sur l’axe B, non une amélioration.

Chaque patient est représenté par un point dans \mathcal{D}^4, un espace à 4 dimensions correspondant aux scores A_1, A_2, B_1, B_2. L’ACP cherche à résumer cet espace en moins de dimensions sans perdre trop d’information.
Pour ce faire, elle s’appuie sur la matrice de covariance \Sigma_X \in \mathbb{R}^{4 \times 4}, qui encode comment chaque paire de dimensions varie ensemble dans la population. L’ACP calcule les vecteurs propres de \Sigma_X, appelés loadings et rassemblés dans la matrice \mathbf{L} \in \mathbb{R}^{4 \times 4} qui définissent 4 directions mutuellement perpendiculaires dans \mathcal{D}^4. Ces directions, appelées composantes principales (PC1, PC2, PC3, PC4), sont triées par ordre décroissant de variance expliquée : PC1 est la direction le long de laquelle le nuage de points est le plus étalé, PC4 celle où il l’est le moins.
La variance capturée par la k-ième composante est :
\frac{\lambda_k}{\sum_i \lambda_i}
où \lambda_k est la valeur propre associée à PCk, c’est-à-dire la variance du nuage projeté sur cette direction.
On s’intéresse ici aux deux premières composantes et à deux questions :
Quelle fraction de la variance est capturée par PC1 et PC2 ? Puisque l’ACP est par construction la meilleure projection linéaire possible, cette fraction constitue une borne supérieure sur ce que n’importe quelle représentation 2D peut conserver, y compris la représentation DSM-5, qui réduit \mathcal{D}^4 à quelques catégories cliniques pour des raisons pratiques plutôt que mathématiques. Si même l’ACP ne conserve que 70% de la variance, le DSM-5 ne peut pas faire mieux.
Comment s’interprètent PC1 et PC2 ? Les loadings de chaque composante indiquent avec quel poids chaque dimension originale y contribue. Si la structure des sous-types est celle attendue :

Variance PC1+PC2 : 91.5%
Variance PC1+PC2+PC3 : 96.9%
INTERPRETATION DES COMPOSANTES
--------------------------------------------------
PC1 (60.7%) : {'A1': np.float64(0.595), 'A2': np.float64(0.532), 'B1': np.float64(0.602), 'B2': np.float64(0.024)} -> dominant : B1
PC2 (30.9%) : {'A1': np.float64(-0.222), 'A2': np.float64(0.394), 'B1': np.float64(-0.164), 'B2': np.float64(0.877)} -> dominant : B2
PC3 (5.4%) : {'A1': np.float64(-0.283), 'A2': np.float64(0.749), 'B1': np.float64(-0.363), 'B2': np.float64(-0.476)} -> dominant : A2
PC4 (3.1%) : {'A1': np.float64(0.719), 'A2': np.float64(-0.024), 'B1': np.float64(-0.692), 'B2': np.float64(0.064)} -> dominant : A1
Hypothèse testable : un algorithme de clustering non supervisé dans \mathcal{D}^4 retrouve des groupes qui correspondent mieux aux sous-types cliniques DSM-IV que le même algorithme appliqué dans \mathcal{D}^2.
On utilise deux algorithmes : - K-means (k=4) : clusters sphériques - GMM (Gaussian Mixture Model, k=4) : clusters ellipsoïdaux
Métriques d’évaluation :
Silhouette : \text{Sil} = \frac{1}{n} \sum_{i} \frac{b_i - a_i}{\max(a_i, b_i)} \in [-1, 1]
Pureté : \text{Pureté} = \frac{1}{n} \sum_k \max_j |C_k \cap T_j|
où C_k est le cluster k et T_j le sous-type vrai j.
Configuration Silhouette Purete
---------------------------------------------
D4_KMeans 0.5000 98.0%
D4_GMM 0.4985 98.5%
D2_KMeans 0.4679 86.7%
D2_GMM 0.4781 74.3%

S^{(4)} = w_1 A_1 + w_2 A_2 + w_3 B_1 + w_4 B_2 \quad \mathbf{w} \in \Delta^3
Le vecteur \mathbf{w} appartient au simplexe standard \Delta^3 = \{\mathbf{w} \geq 0 : \sum w_i = 1\}.
La loi \text{Dirichlet}(1,1,1,1) est la loi uniforme sur \Delta^3. Sa matrice de covariance est :
\Sigma_w = \frac{1}{20}\left(I_4 - \frac{1}{5}\mathbf{1}\mathbf{1}^\top\right)
D’où :
\mathbb{E}[S^{(4)}] = \frac{A_1 + A_2 + B_1 + B_2}{4}
\text{Var}(S^{(4)}) = \mathbf{q}^\top \Sigma_w \mathbf{q} = \frac{1}{20}\left(\|\mathbf{q}\|^2 - \frac{(\mathbf{1}^\top\mathbf{q})^2}{5}\right)
où \mathbf{q} = (A_1, A_2, B_1, B_2)^\top.
Dans \mathcal{D}^2 : \sigma(S^{(2)}) = |a-b|/\sqrt{10}. Dans \mathcal{D}^4, la sensibilité dépend de la dispersion des 4 coordonnées. Un profil avec A_1 = A_2 = B_1 = B_2 a \text{Var}(S^{(4)}) = 0 et est donc insensible aux poids.
Profil Moyenne sigma emp sigma ana
----------------------------------------------------------
Asperger pur 1.105 0.3985 0.4532 (np.float64(0.23), np.float64(2.25))
Autisme classique 1.801 0.2915 0.4611 (np.float64(0.73), np.float64(2.28))
Profil equilibre 1.500 0.0000 0.3000 (np.float64(1.5), np.float64(1.5))
B2 dominant 1.111 0.4540 0.4974 (np.float64(0.31), np.float64(2.7))

On modélise l’incertitude de mesure par une gaussienne multivariée :
Q \sim \mathcal{N}_4(\mu, \Sigma)
La matrice \Sigma a une structure bloc naturelle. Les erreurs de mesure sur A_1 et A_2 sont corrélées (même outil), de même pour B_1 et B_2 :
\Sigma = \begin{pmatrix} \sigma_{A_1}^2 & \rho_A \sigma_{A_1}\sigma_{A_2} & 0 & 0 \\ \rho_A \sigma_{A_1}\sigma_{A_2} & \sigma_{A_2}^2 & 0 & 0 \\ 0 & 0 & \sigma_{B_1}^2 & \rho_B \sigma_{B_1}\sigma_{B_2} \\ 0 & 0 & \rho_B \sigma_{B_1}\sigma_{B_2} & \sigma_{B_2}^2 \end{pmatrix}
Sous la projection \pi : Q \mapsto (a, b) = CQ avec C = \frac{1}{2}\begin{pmatrix}1 & 1 & 0 & 0 \\ 0 & 0 & 1 & 1\end{pmatrix} :
(a, b) \sim \mathcal{N}_2(C\mu,\ C\Sigma C^\top)
Cette formule permet de calculer analytiquement comment la corrélation intra-axe dans \mathcal{D}^4 affecte l’incertitude dans \mathcal{D}^2.

P(TSA) = 98.3%
mu_D2 = (0.925, 1.275)
Sigma_D2 :
[[0.0531 0. ]
[0. 0.0689]]
| Capacité | \mathcal{D}^2 | \mathcal{D}^4 |
|---|---|---|
| Représenter les sous-types DSM-IV | Non (fusionnés) | Oui (régions distinctes) |
| Distinguer stéréotypies vs. intérêts | Non | Oui |
| Trajectoires avec dynamiques opposées | Non | Oui |
| Corrélation B avec QI | Non | Oui (B_1 négatif, B_2 positif) |
| Covariance intra-axe de l’incertitude | Non | Oui (\rho_A, \rho_B) |
| Clustering sans a priori | Partiel | Meilleur (silhouette + pureté) |
Perte d’information. L’entropie de Shannon par cellule dans \mathcal{D}^2 quantifie combien de sous-types distincts sont confondus dans chaque zone du spectre.
Variance du score composite. Sous \mathbf{w} \sim \text{Dirichlet}(1,1,1,1) :
\text{Var}(S^{(4)}) = \frac{1}{20}\left(\|\mathbf{q}\|^2 - \frac{(\mathbf{1}^\top\mathbf{q})^2}{5}\right)
Propagation de l’incertitude. La structure bloc de \Sigma dans \mathcal{D}^4 se propage analytiquement vers \mathcal{D}^2 via C\Sigma C^\top, ce qui permet de quantifier l’impact de la corrélation intra-axe sur la probabilité diagnostique.
Sources : Bishop & Lord (2006) ; Courchesne et al., Mol. Autism 2021 ; Grove et al., Nature Genetics 2019 ; DSM-5, APA 2013 ; DSM-IV, APA 1994.